Un été d'affiches générées, partout
C'est le constat que dresse Le Monde dans son article du 7 septembre 2026, intitulé « Face au déferlement des affiches utilisant l'IA dans l'espace public, la résistance en ligne s'organise ». Dès le chapô, le journal décrit le phénomène : « programmes de kermesses, menus de restaurants, annonces de concerts », des affiches générées par intelligence artificielle qui « ont fleuri dans l'espace public cet été ».
D'autres médias ont documenté la même vague, notamment Next, qui parle d'un été où ces visuels ont « inondé la France » : fêtes du 14 juillet dans de petites communes, concours de pétanque, commerces de proximité, restaurants, spectacles du festival d'Avignon. Les raisons sont simples à comprendre. Une secrétaire de comité des fêtes explique ainsi que « c'est efficace », même si le bon résultat n'arrive jamais du premier coup. Pour une association sans budget graphique, pouvoir produire un visuel en dix minutes change tout.
Ce que les gens rejettent vraiment
La résistance dont parle Le Monde prend des formes très concrètes. Selon Next, des groupes Facebook dédiés à la moquerie de ces affiches se sont créés, et pendant le festival d'Avignon, des festivaliers ont écrit « Artist ? No AI » au feutre noir sur certaines affiches. Des artistes visuels ont aussi partagé, sur les réseaux sociaux, leur inquiétude de voir des commandes disparaître.
Mais en regardant les critiques de près, ce n'est pas la technologie en elle-même qui déclenche le rejet. Ce sont trois défauts visibles à l'œil nu :
- La surcharge. Un modèle génératif ne sait pas choisir l'information la plus importante. Le résultat empile des éléments, des textures, des personnages, et le message principal (la date, le lieu) se noie.
- L'uniformité. Mêmes lumières dorées, mêmes compositions centrées, mêmes visages lisses. Selon Next, Olivier Dauvers décrit un style qui « lisse » affiches et publicités, jusqu'à uniformiser enseignes, lieux et marques.
- Les erreurs. Lettres déformées, mots inventés, mains approximatives, perspectives incohérentes. Sur une affiche de concert ou de menu, une faute dans le texte est immédiatement repérée.
Une affiche générée qui ne vous satisfait pas tout à fait ? Regardons ce qu'il faut corriger.
En discuter avec VincentQuand la polémique touche les collectivités
Une affiche publique n'est pas un post éphémère : elle est vue par tous les habitants, pendant des semaines, et elle représente une commune. C'est ce qui explique que certaines polémiques aient pris de l'ampleur. À Agde, une campagne municipale contre les nuisances sur la plage a été retirée en août après des critiques, SOS Racisme y dénonçant une dimension raciste. Selon DeepDive, cela révèle ce qui se passe quand personne, entre la génération de l'image et l'impression, ne pose la question de savoir qui pourrait se sentir visé.
Selon DeepDive, des professionnels de la création ont aussi réagi à Rouen, où un collectif d'une quarantaine d'illustrateurs, graphistes et autres créatifs a écrit au maire, et à Strasbourg, où la direction de la culture a fini par acter un refus de l'IA générative pour ses affiches. Ces réactions montrent surtout une chose : le public et les professionnels attendent d'une affiche institutionnelle qu'elle ait été pensée, pas seulement produite.
Le vrai sujet : l'absence de direction artistique
Ce qui manque à la plupart de ces affiches, ce n'est pas un meilleur outil. C'est une personne qui regarde le résultat et décide. Qu'est-ce qui doit être lu en premier ? Quelle information peut disparaître ? Cette image a-t-elle un lien avec le lieu, avec l'événement, avec ceux qui vont la voir ? La direction artistique, c'est exactement cela : des choix, assumés, du premier regard jusqu'au dernier détail.
Une affiche réussie ne cherche pas à montrer tout ce qu'elle sait faire. Elle hiérarchise, elle laisse respirer, elle s'ancre dans un contexte. Cela vaut qu'elle soit dessinée à la main, composée dans un logiciel ou retravaillée à partir d'une image : ce qui se voit à l'arrivée, c'est le niveau d'attention qu'on lui a porté.
Cinq signes qui trahissent une affiche non travaillée
- Trop d'informations au même niveau. Si l'œil ne sait pas où commencer, l'affiche a déjà perdu.
- Une typographie subie. Lettres irrégulières, empattements incohérents, mots qui changent de style au milieu d'une phrase.
- Un décor sans rapport avec le lieu. Une kermesse de village avec une ambiance de film fantastique, sans aucun repère local.
- Des détails bizarres. Doigts en trop, objets fondus, ombres qui ne suivent aucune source de lumière.
- Un texte non relu. Une date fausse ou un horaire inventé, et c'est toute la crédibilité qui s'effondre.
Comment produire une affiche qui ne fait pas réagir pour de mauvaises raisons
Pas besoin de renoncer à tout outil moderne. Quelques réflexes suffisent à faire la différence, quelle que soit la manière de fabriquer le visuel :
- Choisir une information principale (le nom de l'événement ou la date) et la rendre dominante.
- Limiter la palette à deux ou trois couleurs et s'y tenir.
- Choisir une ou deux polices, pas plus, et vérifier chaque lettre du texte.
- Intégrer un élément propre au lieu ou à l'événement : un monument, une photo réelle, une illustration signée.
- Faire relire l'affiche par quelqu'un qui n'a pas participé à sa création.
Si vous avez déjà un visuel généré qui « fait IA » et que vous ne savez pas par où commencer, vous pouvez aussi lire notre article Vos clients repèrent-ils un logo généré par IA ?, qui décrit les signaux que le public repère en premier, ou Logo Midjourney ou Canva moche : comment le sauver pour la logique de reprise d'un visuel existant.
Questions fréquentes
Pourquoi les affiches générées par IA suscitent-elles autant de rejet ? Parce qu'elles se reconnaissent vite : texte déformé, décor surchargé, mêmes codes visuels d'une affiche à l'autre. Le public y voit un signe de facilité, et les professionnels du graphisme y voient surtout l'absence de quelqu'un qui décide de ce qui compte. Une affiche faite avec l'IA est-elle forcément mauvaise ? Non. Le problème vient de l'absence de direction artistique : hiérarchie de l'information, typographie maîtrisée, relecture, cohérence avec l'identité du lieu ou de la marque. Une image générée peut servir de matière de départ, à condition que quelqu'un la reprenne et tranche. Une commune ou une association risque-t-elle vraiment un retour de bâton ? Oui, c'est arrivé cet été dans plusieurs communes : affiches critiquées en ligne, retraits après polémique, groupes de moqueries sur les réseaux sociaux. Une affiche publique est vue par tous les habitants et se compare facilement à celles d'avant. Comment rendre une affiche existante moins générique ? En simplifiant : une seule information principale, une typographie choisie et non subie, des couleurs limitées, un élément visuel propre au lieu ou à l'événement, et une relecture complète du texte avant impression.
Ce que j'observe comme graphiste
Ce que je retiens de cet été, c'est que le public a appris à repérer très vite les visuels sans intention. Il n'a pas besoin de connaître la technique pour sentir qu'une affiche est interchangeable. À l'inverse, une affiche sobre, lisible, clairement pensée pour son lieu passe presque inaperçue au bon sens du terme : on lit l'information, on retient l'événement, et personne ne se demande comment elle a été fabriquée.
Pour résumer
Le déferlement d'affiches générées cet été a provoqué une réaction nette, relayée par Le Monde et d'autres médias. Ce que les gens rejettent, ce sont des visuels sans hiérarchie, sans ancrage et sans relecture. La bonne nouvelle, c'est que cela se corrige : avec des choix clairs, une typographie maîtrisée et un regard extérieur, une affiche redevient ce qu'elle doit être, un message lisible au premier coup d'œil.
Vous préparez une affiche, un flyer ou un menu et voulez qu'il tienne la route ?
Parler de votre projetSources
- Le Monde (Pixels), « Face au déferlement des affiches utilisant l'IA dans l'espace public, la résistance en ligne s'organise », 7 septembre 2026
- Next, « 2026 : l'été où les affiches IA ont inondé la France »
- DeepDive, « Affiches générées par IA : pourquoi les graphistes se rebellent contre les collectivités »